A l’issue des deux jours de conférences, séminaires et workshops, la question n’était plus tant de savoir si cette intégration allait se faire, mais quand… Points de vue.
L’avènement de l’humanoïde : du prototype industriel au partenaire de production Dr André Scholz, Directeur du département Innovation Usine Autonome, Siemens AG
L’industrie se trouve aujourd’hui dans une situation très difficile, confrontée à une pénurie de main-d’œuvre, des impératifs d’efficacité et des exigences de sécurité. Dans ce contexte, le marché des robots humanoïdes présente des perspectives de croissance sans précédent. On assiste en effet à l’émergence d’un marché industriel estimé à cent milliards de dollars à l’horizon 2035.
Une utilisation d’humanoïdes qui soit réellement productive place cependant l’industrie devant de nombreux défis. L’un des plus important est l’intégration de ces « nouveaux collaborateurs » dans les systèmes existants. La question de la sécurité est centrale. La véritable valeur des humanoïdes se révèle lorsqu’ils interagissent avec les humains, et non lorsqu’ils sont confinés derrière des barrières ou dans des zones semi-protégées. Supprimer ces différentes barrières de sécurité exige des humanoïdes une capacité accrue à prédire les intentions humaines, des mécanismes de sécurité efficaces et la mise en place de normes réglementaires spécifiques.
Autre défi qui se pose actuellement, la dextérité nécessaire pour atteindre la précision humaine lors de tâches industrielles complexes. La main humaine possède environ 27 degrés de liberté, permettant des manipulations nuancées. Aujourd’hui, la plupart des mains robotiques sont loin d’offrir autant de possibilités, se limitant à de simples mouvements de préhension et de placement. Le défi n’est pas seulement d’ordre mécanique, mais relève également de l’intelligence artificielle et des capacités sensori-motrices. Des avancées majeures sont cependant en cours et le niveau de précision requis pourrait être atteint grâce aux modèles d’IA entraînés sur des ensembles de données massifs par des techniques telles que l’apprentissage par imitation.
Les batteries font également partie des points aujourd’hui encore négatifs. La plupart des prototypes d’humanoïdes fonctionnent entre deux et quatre heures sur une seule charge, bien loin des huit à douze heures d’une journée de travail dans l’industrie. Le principal obstacle réside dans la densité énergétique de la batterie et le temps de charge. Les solutions phares en développement sont des batteries interchangeables permettant un fonctionnement quasi continu et une recharge rapide.
La question des coûts est elle aussi au cœur des débats. Le cabinet de conseil McKinsey résume ainsi la situation : « L’écart entre ce qui est techniquement démontré dans les projets pilotes et ce qui est commercialement viable à grande échelle reste important ».
André Scholz : « Le coût actuel des prototypes, estimé entre 150’000.- et 500’000.- dollars, est un frein à une adoption à grande échelle. Pour rivaliser avec le coût total de la main-d’œuvre humaine, l’objectif est d’arriver à un prix unitaire de 20’000.- à 50’000.- dollars ». Pour y parvenir, il est nécessaire de repenser fondamentalement la fabrication à grande échelle : une architecture adaptée aux tâches, des articulations mécatroniques modulaires et une chaîne d’approvisionnement à l’échelle industrielle.
Les réflexions à mener pour façonner la prochaine décennie
Despite strong enthusiasm and rapid progress, the integration of humanoids into industry currently raises more questions than it answers. To better understand this situation, much reflection is still needed :
- For technologists : Which element – safety, availability, dexterity, or cost – represents the most crucial engineering challenge to be overcome ?
- For business leaders : Which workflows, currently limited by human labour, are most conducive to the integration of humanoids ?
- For investors : Which segment of the value chain – vertically integrated equipment manufacturers, critical components (actuators, sensors) or AI model providers – will generate the most value in the long term ?